Le décryptage
Everest: des embouteillages records sur le toit du monde
Un nombre record d’alpinistes tente de gravir l’Everest cette saison. Cela crée des embouteillages dangereux, car la fenêtre météo favorable pour l’ascension ne dure que quelques jours.
Cette saison, un nombre record de 492 permis a été délivré pour l’ascension de l’Everest, provoquant d’impressionnants embouteillages dans la dangereuse «zone de la mort». La raison principale de cette concentration d’alpinistes est la fenêtre météo extrêmement courte, d’environ dix jours, qui oblige tout le monde à tenter l’ascension au même moment. Bien que l’Everest semble surpeuplé, des sommets comme le Mont-Blanc ou le Kilimandjaro accueillent beaucoup plus de monde, mais les grimpeurs y sont répartis sur toute l’année. L’ascension de l’Everest reste une expédition très coûteuse, ce qui n’exclut pas un manque de préparation chez certains touristes fortunés, provoquant des accidents.
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Ça y est, c'est la saison. Si vous êtes fan d'alpinisme et que gravir l'Everest est pour vous un objectif de vie, je crois que c'est maintenant. En effet, cette saison, un nombre record d'alpinistes ont reçu l'autorisation de gravir l'Everest, 492 pour être exact. Ce qui a provoqué de longues files d'attente dans ce qu'on appelle la «zone de la mort». C'est l'altitude à partir de laquelle l'oxygène est trop rare pour que le corps humain puisse s'acclimater. Des dizaines d'alpinistes se sont retrouvés bloqués dans des altitudes dangereuses, dans un véritable embouteillage.
Comment se fait-il que l'Everest soit autant prisé? Déjà, parce que c'est le plus haut sommet du monde avec ses 8849 mètres, on l'appelle le toit du monde, donc il y a une idée de record et de défi à relever. Mais il y a aussi la démocratisation du tourisme d'altitude, grâce à une logistique commerciale bien rodée. C'est devenu une expérience accessible aux personnes prêtes à payer pour être encadrées. Mais surtout, s'il y a tant de monde d'un coup, c'est parce que la période pour gravir l'Everest est très courte. En gros, de mi-avril à fin mai, et au sein de cette saison, la fenêtre météo favorable ne dure qu'environ dix jours, avec un créneau vraiment optimal de seulement cinq jours.
C'est le seul moment où le jet-stream se calme et où les températures restent à un niveau supportable. Il faut absolument le faire avant fin mai, car c'est le moment de l'arrivée de la mousson. En plus, cette année, la saison de l'escalade a commencé en retard à cause d'un bloc de glace qui bloquait l'itinéraire.
C'est pour ça qu'il y a autant de bouchons?
Oui, parce qu'en fait, ce n'est pas du tout le sommet avec le plus d'ascensions. Par exemple, pour l'Everest, il y a environ 500 permis plus les guides qui sont délivrés, sur 5 à 10 jours faisables. Le Mont-Blanc, c'est plus de 30’000 tentatives de juin à septembre et le Kilimandjaro, c'est 35’000 tentatives environ toute l'année. Cela veut dire que le Mont-Blanc et le Kilimandjaro accueillent 60 à 70 fois plus de monde que l'Everest, mais on n'en parle pas parce que les gens se répartissent beaucoup plus naturellement tout au fil de l'année. Imaginez-vous, l'Everest, c'est un peu comme si tout le monde devait prendre le même train le même week-end. Forcément, ça bouchonne.
Les images sont impressionnantes et à la fois dégoûtantes de voir autant de monde, parce que ça enlève le côté fou du truc.
En fait, ce n'est pas tant de monde que ça. Non, ce n'est pas tant de monde, parce que ce n'est pas très accessible. Comptez 15’000 dollars simplement pour le permis. Mais ça, c'est sans le guide, les sherpas, les camps. Donc on arrive facilement à 50’000 ou 100’000 dollars pour l'expédition complète. C'est donc vraiment réservé à un public très privilégié et ça n'a rien à voir avec les autres sommets en termes de prix. Le Mont-Blanc par exemple, c'est gratuit. Pour le Kilimandjaro, il faut payer, mais c'est quelques centaines de dollars.
Sans compter que l'Everest est très dangereux. C'est d'ailleurs pour ça aussi qu'on en parle beaucoup. Étant donné que ce sont des touristes très fortunés qui payent pour y accéder mais sans forcément être bien préparés, cela provoque chaque année des accidents.

